Lettres à un ami

Publié le par oth

  

 

  

 

Bruxelles, le 12 novembre 2007

 

Cher ami,

 

Excuse moi pour la réponse tardive. Je suis très touché par ton témoingage d'amitié et ta confiance. Ils me vont droit au coeur. Je t'en remercie infiniment.

 

Depuis le camp de rééducation sous les Khmers Rouges, je reste toujours marqué par cette interruption de la morale, des droits de l’homme et de la culture dans la politique. Depuis ce jour, je fais le serment solennel de n’avoir d'autre rapport avec la politique que culturel et éthique. Cette expérience douloureuse m’a appris aussi qu’il faut toujours raisonner avec son cœur et sa tête et non avec son sang et que la victoire finale d’une cause aussi grande et aussi sacrée soit-elle ne se mesure pas seulement en atteignant le but final.

 

A ma modeste échelle, je n'ai d'autre prétention que d'encourager des non-PPC pour inciter des hommes et des femmes différents à se repenser et à se redéfinir ensemble. Parce que pour moi, il n'y aura pas une victoire possible sans cette coalition. Ce qui se passe à l'étranger comme au Cambodge démontre d'ailleurs à l'évidence que pour rester éternellement au pouvoir, les dictateurs utilisent tous les moyens pour diviser l’opposition.

 

La formation des hommes est la base de tout: de la culture générale (la lecture notamment) à la maitrise de la technique nouvelle. Le PPC a laissé péricliter la génération de notre jeunesse sans penser à regarder ce qui se passait à l'étranger. La jeunesse après Pol Pot qui se trouve sur le marché du travail sans qualification est le spectacle le plus révoltant parce que comme au temps des Khmers rouges, c'est le résultat  du mal que des Cambodgiens font aux Cambodgiens. 

 

Comme je te l'ai déjà dit , à plusieurs reprises, je suis très attaché aux figures symboliques de l'histoire moderne incarnée notamment par Gandhi, Mandela  ou Aung San Suy Kyi. Toutes les sociétés ont besoin d'un leader qui porte toute la souffrance ou  un fardeau pour la communauté. Il doit être capable- c'est sa fonction de transcendante- de rassembler la nation derrière un projet et de rendre possible quelque chose qui n'est pas écrit. Cette fonction est autant plus nécessaire et indispensable pour une société qui perd ses répères et est traumatisée par le communisme, post-communisme et l’éternel nationalisme étroit auto-suicidaire  comme celle du Cambodge. 

 

Nous sommes dans la période de transition la plus difficile. Je suis encore convaincu que  tu peux être un homme d'Etat qui donnera au Cambodge une autre vision, et à un moment décisif, l'impulsion nécessaire pour devenir un Etat moderne. Si on ne gagne pas, au moins tu seras considéré dans l’histoire comme un cathalyseur ou un passeur, ce qui n’est pas mal pour un homme qui aime passionnément son pays comme toi.

 

Voilà les raisons pour lesquelles je suis très déçu par le dernier congrès.

 

Pour comprendre davantage mes pensées, tu peux lire ma lettre du 6 août 2006 et ainsi que mon Rapport sur la situation de l’opposition cambodgienne qui t’a été envoyé par mail à la même époque.

 

Comme nous l’avons convenu lors de notre dernière conversation téléphonique nous pouvons nous expliquer directement sans passer par des intermédiaires.

 

En attendant, je te souhaite bonne chance.

 

Toute mon amitié

 


 Ong Thong Hoeung

  

Bruxelles, le 3 août 2006

 

Cher ami,

Par la présente, je tiens à te remercier de m’avoir offert une place sur la liste des candidats pour les prochaines élections. Je considère cette offre comme un grand honneur.

Etre candidat exige du tonus. Après avoir mûrement réfléchi, je ne suis pas certain, dans la situation actuelle que notre parti ait besoin de quelqu’un comme moi pour occuper cette tâche. Devant cette incertitude, il serait irresponsable de ma part d’accepter un travail que je ne suis pas certain de pouvoir remplir pleinement.

C'est la raison de ma décision. Elle me pèse personnellement, mais je la crois dans l'intérêt du pays.

En ces circonstances, j'éprouve d'abord un sentiment, celui de la gratitude, à l'égard de celles et de ceux qui m'ont aidé dans ma tâche.

Tout au long de mon engagement politique, je n'ai été animé que par la volonté de servir le Cambodge, ma patrie.  Réfléchir à l’expérience propre des générations est un acte indispensable pour moi qui crois fermement comme René Char que « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Pour te dire que je reste toujours marqué par la tragédie que notre génération est en train de subir . Voilà pourquoi je n’ai pas d’autre rapport avec la politique en ce temps baroque que culturel ou éthique.

C’est la raison pour laquelle depuis la création de notre parti, nous avons/j’ai (je pense à In Thaddée)cette prétention d’être les porteurs d’un élan rassembleur des patriotes et des démocrates cambodgiens pour les encourager et les inciter à se repenser, à se redéfinir.

L’échéance électorale qui va arriver dans deux ans est déterminante pour notre combat. Il nous faut absolument gagner les élections législatives en 2008. La question qui se pose est, selon moi, la suivante : quels éléments nouveaux faut-il mettre en œuvre pour qu’ils puissent porter leurs fruits dans les deux prochaines années et pour qu’une nouvelle dynamique créatrice puisse être engagée avant les élections ? Je ne crois pas à l’alliance des nationalistes anachroniques mais je crois à l’alliance des patriotes et des démocrates. Pour moi patriote et nationaliste ce n’est pas la même chose. Et je ne suis pas nationaliste . Je crois profondément, je te l’ai souvent dit, que l’alliance entre l’opposition et la société civile offre à notre parti une chance de gagner. Ce qui se passe à l’étranger, notamment dans les pays ex-communistes comme en Urkraine et Géorgie démontre par ailleurs à l’évidence la justice de cette ligne pour sortir du régime post totalitaire.

Tu peux être l’homme d’Etat qui aura donné à notre pauvre nation l’impulsion nécessaire pour son avenir. Un programme bien fait, clair, aisément compréhensible par tous, devrait d’ailleurs être réalisé dès maintenant pour montrer à la fois le mal que ce pouvoir post-totalitaire a infligé à notre peuple et aussi et surtout  l’essentiel de tes projets pour les prochaines années. Tu pourrais faire bouger notre peuple. Tu pourrais le faire rêver. Tu mobiliserais ainsi notre jeunesse, qui est le moteur de l’opinion. Tu unierais alors, j’en suis convaincu, les chances de gagner les élections en 2008.

 La formation de l’homme est la base de tout.

Je parle de tout cela par amitié pour toi et de façon désintéressée. J’ai en effet décidé de ne pas me présenter aux élections. Je resterai bien entendu à la disposition du Parti pour soutenir son combat pour la démocratie et la justice, si je peux être utile.

 En ce jour, je souhaite à notre patrie de retrouver prospérité,  dialogue, et d’être en pensée envers les moins favorisés de nos concitoyens.

Avec ma haute considération et ma fidèle amitié.

 

Ong Thong Hoeung

 

 

 

 

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Publié dans Carnets

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