Nationalisme et patriotisme veulent-ils dire la même chose ?

Publié le par oth

Nationalisme et patriotisme veulent-ils dire la même chose ?

 

On a constaté que les "istes" peuvent précèder les "ismes" (et même exister sans eux). Le Ranarriddhisme est un concept creux; les Ranarriddhistes, eux, existent. Ils ont mêmes un parti qui porte ce nom.  Les istes peuvent exister sans doctrine. Allez savoir pourquoi, mais ceci est une autre affaire.

 

Et le nationalisme dans tout ça ? Le Cambodge est un pays où tout le monde se dit nationaliste. Question à un dollar : qu’ont en commun Pol Pot et Lon Nol en passant par d’autres morts ou encore vivants dont je me dois de taire de nom ? Ils sont tous des… nationalistes. Je vous voir bondir d’indignation devant ce mélange. Je vous assure que je ne dis pas n’importe quoi. Tous se qualifient eux-mêmes fièrement de nationalistes.

Le fait est que le nationalisme est un fourre-tout,  un panier à crabes dans lequel tout le monde trouve son compte. C'est en embouchant la trompette nationaliste qu'on nous fait avaler n'importe quoi: souveraineté nationale ;supériorité par rapport aux autres ; ce sont les enfants du peuple qui ont construit Angkor ; le monde entier nous en veut ; nous sommes les plus beaux, les plus forts, les plus intelligents, les plus guerriers, les plus virils... Si le seul fait de se dire nationaliste pouvait suffire à développer un pays, le Cambodge  serait depuis longtemps  un pays prospère comme… la Suisse

 

La différence entre le patriotisme et le nationalisme est que le nationalisme sème la souffrance indicible dans l’humanité. Que l'on se souvienne de ce que Nazi veut dire, que l’on se rappelle que le nationalisme était le credo du parti nazi…Que l’on se souvienne de nationalisme de Pol Pot. Le nationalisme a perdu à jamais ses lettres de noblesse. Le nationalisme est synonyme de repli sur soi, d’exclusion de l’autre, accompagné parfois de xénophobie et de la bestialité…

 

En 1943, en pleine guerre contre les Nazis, Albert Camus souligne dans son livre Lettre à un ami allemand que quand « l’auteur dit ’’ vous’’ il ne veut pas dire’’ vous autres Allemands’’, mais ‘’ vous autres nazis’’. Quand il dit ‘’nous’’, cela ne signifie pas toujours ’’ nous autres Français’’ mais ‘’nous autres Européens libres’’. Ce sont deux attitudes que j’oppose, non deux nations. J’aime trop mon pays, souligne Camus, pour être nationaliste. C’est pourquoi j’aurais honte aujourd’hui si je laissais croire qu’un écrivain français  puisse être l’ennemi d’une seule nation. Je ne déteste que ses bourreaux. »

 

Comme Camus, je préfère être patriote. Dans le sens que j’aime mon lieu de naissance, et mon village  comme ma famille. La patrie transcende toutes les courants philosophiques ou religieux. En outre, le patriote peut garder une lucidité de jugement. Je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice et les droits de l’homme. Le nationalisme, parfois, ferme les yeux sur tout. "Tout va bien, c'est la faute aux autres".  Ce n'est pas parce qu'on aime son pays qu'on glorifie ses dictateurs brutaux et corrompus.

Le patriotisme se caractérise par l’esprit d’ouverture, la magnanimité, grandeur d’âme.  A l’opposé, le nationalisme respire la fatuité, la satisfaction de soi-même revendiquée de manière insolente. C’est pour cette raison que le concept de nationalisme est très prisé par les régimes dictatoriaux qui s’en servent comme soporifique pour endormir leurs peuples : silence on tue !

Malheureusement, malgré l’extermination de masse du régime des khmers rouges et le régime post-totalitaire, la mentalité de la société cambodgienne n’a pas assez évolué. Elle demeure servile, encline à accepter la propagande et le mensonge, et reste indifférente au sort de ses concitoyens, aux crimes et aux délits commis par l’Etat contre eux.

 Le spectre du nationalisme a hélas un bon avenir au Cambodge.  Mais heureusement le nationalisme c’est un peu comme la mauvaise haleine, ça se soigne ! Même si on ne se rendait pas toujours compte, on n’a rien à perdre mais tout à gagner à se faire soigner.

Ong Thong Hoeung

10 novembre 2007

 

 

George Orwell sur la différence entre patriotisme et nationalisme
 

La définition de « patriotisme » et « nationalisme » faite par Xavier Schwitzguebel, lors de notre entretien sur la réunion Bilderberg, n’est pas sans rappeler la distinction que George Orwell faisait entre ces deux termes, juste après la deuxième guerre mondiale. Extrait.

« J’entends avant tout par « nationalisme » cette façon d’imaginer que les hommes peuvent être des objets d’une classification semblable à celles des insectes, et que des millions ou des dizaines de millions d’entre eux peuvent ainsi être, en bloc et avec une parfaite assurance, étiquetés comme « bons » ou « mauvais ».

Il ne faut pas confondre le nationalisme et patriotisme. Chacun de ces termes est habituellement utilisé de façon si imprécise que toute définition s’expose à la critique, car ils recouvrent en fait des notions distinctes et même opposées. Par « patriotisme », j’entends l’attachement à un lieu particulier et à une manière de vivre particulière, que l’on croit supérieur à tout autre mais qu’on ne songe pas pour autant à imposer à qui que ce soit. Le patriotisme est par nature défensif, aussi bien militairement que culturellement. En revanche, le nationalisme est indissociable de la soif de pouvoir. Le souci constant de tout nationalisme est de conquérir le pouvoir et le prestige, non pour lui même mais pour la nation ou l’entité au profit de laquelle il a choisi de renoncer à son individualité. »

Extrait de Notes sur le nationalisme, George Orwell, Editions de l’Encyclopédie des Nuisances

Publié sur Mecanopolis avec l’autorisation de l’éditeur

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Publié dans Réflexions & Débats

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