Interview

Publié le par oth

Interview de Ong Thong Hoeung

Avec Raffaela Scaglietta, journaliste italienne

Le 30 juillet 2010

 

 

 

 

 

Cher Mr Hoeung,

Chaque fois que je reprends votre livre en  mains, j'éprouve une énorme douleur. Je n'ose même pas imaginer la vôtre et celle de votre famille et de vos amis pendant ces procès.

 

Cela dit, voici mes questions:

 

Plus de trente ans après la fin du régime khmer rouge, le tribunal international de Phnom Penh a rendu son premier verdict, le  26 juillet 2010, à l’encontre de Kaing Guek Eav, alias Douch, condamné à 30 ans de prison pour «meurtres, tortures, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ».

Durant le régime des Khmers rouges, Douch était directeur de la principale prison du régime connue sous le nom de camp d’extermination de Tuol Sleng, S-21, devenue un musée.

 Il est reconnu pour être responsable de la mort de plus de 12000 personnes, femmes et enfants  compris.

(chapeau (chapitre ?) que j'ai repris de votre  (livre ?) et que je vais utiliser en partie dans mon  ?) en citant votre livre à nouveau.

 

1) Quel  est votre sentiment et quelle est votre opinion sur le verdict contre Douch et sur le fait qu'il ait demandé un recours pour être même libéré?

 

Ong Thong Hoeung (OTH): Je tiens à vous remercier de me donner l'occasion de m'adresser aux lecteurs italiens.

Je suis d'abord heureux et soulagé de ce verdict. Je suis soulagé parce que, c’est le premier contre un responsable de l'un des plus grands crimes contre l'humanité du XXème siècle dont on a nié l'existence des victimes depuis 1979. Pour la première fois, un tribunal a reconnu que Duch est personnellement responsable de meurtre, extermination, réduction en esclavage, viol, torture, persécution pour des motifs raciaux. C’est quand même historique.

 

Comme beaucoup de Cambodgiens, je réclamais la perpétuité. Je pense que la sentence contre  Duch n'est pas à la hauteur de la gravité des faits. 

 

 Cela étant dit, je respecte la décision du tribunal. Aussi imparfaite soit-elle, la justice ne doit jamais être vindicative. Si on traite les bourreaux khmers rouges comme ils ont traité leurs victimes, alors c'est la victoire de leur méthode. C'est une question de valeur. La valeur humaine contre la barbarie.

Duch fait appel: Je suis parmi ceux qui pensent que Duch n'était pas sincère quand il a exprimé des regrets. C'est un manipulateur, un metteur en scène. Il est parmi les gens … ?

Cela dit il faut être positif: même s’l ne s'estime pas coupable, même s’il dit qu'il n'est qu'un exécutant, au cours du  procès il a reconnu à plusieurs reprises les actes horribles qui ont été commis sous son autorité ;  je crois qu’il ne pourra pas changer le verdict car les faits sont là.

 

2) Pourquoi ces procès contre les responsables du génocide au Cambodge prennent-ils tant de temps ?( arrivent-ils si tard ?)

 

OTH :Pour des raisons de politique, à la fois nationale, régionale et internationale.

C'était encore la période de la guerre froide. Le régime de Pol Pot pro-chinois était chassé de Phnom Penh par les troupes vietnamiennes avec le soutien de l'URSS et Hanoï a installé un nouveau gouvernement à Phnom Penh en 1979 dont les membres étaient des dissidents Khmers rouges. Après la fin de la guerre, à cause de tous ces obstacles il aura fallu de longues années de tractations entre Phnom Penh et l'ONU pour que soit créé en 2003, un tribunal mixte, moitié cambodgien moitié international chargé de juger ces crimes. Et ce n'est pas tout. Il faut attendre 2006 pour que la procédure se soit vraiment enclenchée. Une procédure interminable et incroyable avec une succession de pressions politiques et de volte face. Hun Sen, premier ministre, ancien officier khmer rouge n'a jamais caché sa mauvaise humeur quand il entendait ce tribunal mixte, accusant les juges internationaux de recevoir "des instructions de leurs gouvernements pour s’ingérer dans les affaires intérieures du Cambodge".

 

3) De quoi l’homme a-t-il besoin pour croire que tant de mal a été fait? De quelles preuves ont-ils besoin encore?

 

OTH : Bonne question à chacun de nous. Elle n'est pas facile à résoudre. Elle l'est encore moins si on ne la pose pas. A chaque horreur, on dit plus jamais ça! Mais ça revient toujours. Même après le Cambodge il y a eu le Rwanda, la Yougoslavie. C'est toujours la lutte trimillénaire pour une société plus humaine, entre les sociétés fermées fondées sur la pureté "raciale" ou culturelle et les sociétés ouvertes fondées sur la valeur universelle. La bataille est loin d'être gagnée. Mais ce n'est pas une raison pour ne  rien faire. N'oublions pas, comme dit Edmund Burke : La seule condition nécessaire au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien.

 

4) Quels sont les autres Kmers rouges qui doivent  être jugés en 2011?

 

 

OTH : En effet, Duch est un grand criminel mais il n'était pas un haut

dirigeant du régime khmer rouge. Les hauts responsables KR qui doivent être jugés sont:

Nuon Chea ou frère n°2. Je ne sais pas si c’est un idéologue mais

c'est sûrement le plus grand criminel de l’histoire de l’humanité encore en vie. Jusqu'à maintenant il n'a pas reconnu ses crimes.  Je vous signale qu'il y a un excellent film

"Ennemies of the People" de Rob LimKin et Thet Sambath que je conseille de voir.

 

Ieng Sary, ministre des A.E du Kampuchea démocratique, accusé

notamment du  massacre des Cambodgiens de l’étranger et Ieng Thirith,

son épouse et ministre des affaires sociales.

 

Khieu Samphan, Chef de l’Etat, porte parole de Pol Pot

5) Noun Chea était-il l'idéologue de Pol Pot? Et comment a-t-il  pu supporter et penser à tant de violences et de massacres? A votre avis n’a-t-il  aucun regret? Peut-il vivre avec ses " monstres".

 

OTH : Je ne peux pas parler à la place de Nuon Chea ou des autres bourreaux.

Mais ce qui compte pour les survivants c’est que, malgré tout, la vie continue. Le régime khmer rouge ne les avait pas détruits chaque jour de leur vie. Les survivants apportent la preuve que d’honnêtes gens avaient continué  à exister.

A la longue c'est toujours la vie qui a le dernier mot. Ce n'est ni Pol Pot ni Nuon Chea ni Hitler ni Staline ou autre dictateur , c'est la justice qui a le dernier mot.

 

6) Allez-vous  témoigner à son procès? Qu’est-ce que la communauté cambodgienne à l'étranger  attend de ces procès?

 

OTH : J'ai déjà témoigné une fois. Je le ferai encore si on a besoin de moi.

 

7) Comment peut-on espérerune justice universelle ou une " rédemption après ce massacre de plus de 12 mille personnes?

 

OTH : J’ai déjà répondu à cette question.

 

 

Merci d'avance

Amitiés

Raffaela S.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Réflexions & Débats

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